“L’Arrière-Saison” – Philippe BESSON

BESSON

“Au commencement, il y a cette peinture d’Edward Hopper qu’on peut voir à Chicago. J’ai dû l’apercevoir à plusieurs reprises avant de m’en procurer une reproduction, un dimanche d’ennui. Un soir, sans intention particulière, j’ai observé la femme en robe rouge de la peinture, assise au comptoir d’un café nommé Phillies, entourée de trois hommes. Alors, çà s’est imposé à moi, sans que j’aie rien cherché. J’ai eu l’envie impérieuse de raconter l’histoire de cette femme et des trois hommes autour d’elle, et d’un café de Cape Cod. »

C’est un roman court qui oscille entre banalités et légèreté.
L’histoire colle parfaitement avec la toile d’Edward Hopper : une ambiance et une époque hors du temps, un endroit parmi d’autre à la fois anodin et particulier. Cela pourrait se passer n’importe quand, n’importe où mais c’est aussi ici et maintenant.
Le décor est empreint de passé et de présent, où se mêlent tristesse, nostalgie et anecdotes. Les dialogues sont rares, un peu monotones et emplis d’amertume. Seuls les personnages donnent un peu de couleurs au tableau et semblent créer le cadre et l’ambiance.
Les phrases et un vocabulaire  simples et les expressions un peu décalées rendent la lecture agréable et fluide. On se laisse doucement porter par les pages.
Seul bémol, le style un peu plat manque quelque fois de caractère.

“Wisconsin” – Mary R. ELLIS

ELLIS

“La famille Lucas vit dans le nord du Wisconsin, belle terre oubliée peuplée d’ouvriers européens immigrés et d’Indiens Ojibwés. John, violent et alcoolique, passe son temps dans les bars, quand il ne s’acharne pas sur sa femme et ses enfants. L’aîné, James, lassé des frasques paternelles, s’engage pour le Vietnam. Il ne reviendra pas, laissant son jeune frère Bill à ce sombre quotidien. Seuls les Morriseau veillent de loin et le soutiennent pendant le périlleux passage de l’enfance à l’âge d’homme. Mais au coeur de cette nature immuable et splendide qui panse les blessures et apaise les peurs, ce qui reste d’amour donne doucement la force de survivre.”

Le Vietnam et les horreurs d’une guerre, l’alcoolisme et les ravages que cela provoque au sein d’une famille, l’amour et l’admiration d’un petit garçon pour son grand-frère, le refus d’accepter la mort d’un proche, la difficulté de vivre sans pouvoir avoir d’enfants, … autant de sujets sensibles et durs abordés avec une simplicité touchante.
Sans tomber dans les clichés mélodramatiques de la vie, l’auteur nous raconte, dans un style fluide et agréable, une belle histoire à la fois émouvante et dure : une vision intime du quotidien d’une famille que la vie n’épargne pas.

Il s’agit donc d’une lecture très plaisante, sans fioritures ni artifices littéraires, au cours de laquelle on passe un bon moment malgré la gravité des thèmes évoqués.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du “Prix littéraire des Blogueurs.

Rien que du bonheur !

bonheur

Des yeux d’amour,

Une petite frimousse toute neuve,

Un petit prince pour qui

Même décrocher la lune

Serait une aventure moins magique

Que celle du moment présent

Passé à ses côtés…

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“La Physique des Catastrophes” – Marisha PESSL

29 septembre 2009 hachiko Laisser un commentaire

PESSL

“Bleue Van Meer, adolescente précoce, mène une vie peu ordinaire. Son père, un intellectuel exubérant, la ballotte d’une ville universitaire à l’autre. Ils vivent une relation fusionnelle, multiplient les joutes oratoires et refont ensemble l’histoire de la littérature et de la physique quantique. Mais un jour, Bleue découvre son professeur d’anglais pendue à un arbre. En tentant d’élucider ce drame, elle percera les secrets de son entourage…”

Bleue, l’héroïne narratrice, est une adolescente assez particulière.
L’histoire semble certes très intéressante, mais elle met un temps infini à démarrer : le début, un “prologue” de quelques pages, cadre le récit et en jette les bases puis, s’en suit plus de 300 pages d’attente vide… L’auteur se perd dans une foule de digressions qui nous fait malheureusement un peu décrocher. Un peu comme quelqu’un qui nous raconte une histoire passionnante mais dont le surplus de détails nous noie dans le récit, au point que l’on en oublie l’essentiel pour finalement se désintéresser du récit lui-même.

“J’en viens au moment décisif de mon récit”, page 369 (sur 610 pages !), chapitre Délivrance, Editions Gallimard, 2007 ; Page suivante :
Sans les évènements relatés dans ce chapitre, jamais je ne vous aurais raconté mon histoire, car je n’aurai tout simplement rien eu à écrire. [...] Cela n’aurait été, avec un peu de recul, qu’une histoire sans intérêt”.

Le tout, saupoudré d’une quantité astronomique de références littéraires et cinématographiques, un véritable bouillon de culture qui submerge complètement le lecteur.

Ces 370 pages “d’histoire sans intérêt” enfin digérées, l’intrigue commence ! Et malgré moult détours, on s’y plonge avec d’autant de plaisirs que le début fut laborieux. Malheureusement, en comparaison avec les deux premiers tiers du bouquin, la chute, un peu trop rocambolesque en devient limite extravagante tant l’intrigue se complique !

En bref, une histoire qui pourrait être captivante si la narration n’était pas si lente, décousue et ponctuée d’un trop-plein de blabla assommant.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du “Prix littéraire des Blogueurs“.

Du sommeil d’une enclume…

16 septembre 2009 hachiko Laisser un commentaire

du_sommeil_d'une_enclume

… trop léger pour le repos de la baleine…

A défaut d’avoir un sommeil lourd comme une enclume,

l’impression de dormir avec une enclume posée sur soi.

Si, au moins, cette enclume pouvait assomer…

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“Auprès de moi toujours” – Kazuo ISHIGURO

7 septembre 2009 hachiko 1 commentaire

ISHIGURO

“Jadis, Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham : une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l’idée qu’ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelle raison les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s’autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Une histoire d’une extraordinaire puissance, au fil de laquelle Kath, Ruth et Tommy prennent peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n’a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d’adultes.”

Difficile de savoir par où commencer quand on a l’impression très nette d’être passé à côté du livre…

L’histoire, un grand mystère dévoilé à demi mot, n’est ni passionnante ni vraiment ennuyante. On tourne autour du pot, en nous donnant des éléments au compte goutte au milieu d’anecdotes et de souvenirs racontés, sans trop en dire à chaque fois, voire sans réellement dire quoique ce soit.
Le côté sans queue ni tête dans l’enchaînement des souvenirs est sympa mais le fil conducteur est assez peu captivant dans l’ensemble.

Ce qui est lassant, c’est de rester à côté, de s’accrocher jusqu’à la fin du bouquin pour finalement être incapable de dire si c’était bien ou pas…
Plein de questions restent en suspens et les réponses sont trop souvent peu cohérentes, bizarres ou improbables…

Pourquoi Hailsham tout court ?

Un livre entre deux, un peu décevant et frustrant… Il manque un truc.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du “Prix littéraire des Blogueurs“.

les petites étiquettes…

31 août 2009 hachiko 4 commentaires

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Je constate une anomalie, plutôt un enchaînement d’anomalies, dans mes remboursements de sécu. Je décide donc d’appeler la sécurité sociale.

Je suis, patiemment, les instructions du répondeur automatique pour pouvoir être mise en relation avec un téléconseiller.

Une trentaine de touches plus tard, le répondeur automatique m’annonce un délai d’attente de 5 minutes. J’attends patiemment.
La dame décroche, enfin ! C’est pas de sa faute si le répondeur automatique m’a raconté n’importe quoi et que l’écran de mon téléphone indique déjà 17 minutes de communication.
Voyons les choses positivement, maintenant je connais l’ensemble des coordonnées de la sécu par cœur et j’adore leur musique d’attente…

Après avoir vérifié que je suis bien moi, résidant chez moi et que mon numéro de téléphone est bien le mien. Oui, oui c’est bien mon numéro de sécurité sociale, en même temps, je viens de vous le donner…Tout va bien… Ben non, donc j’explique mon problème au téléconseiller.

Et là, un bref silence et le téléconseiller s’enflamme complètement :

- … Mais madame ! Ca aurait été quand même moins la pagaille dans vos remboursements de sécu si vous aviez collé les petites étiquettes que l’on vous a envoyées il y’a 15 jours ! Dès qu’il y’a un problème, les gens nous mettent tout sur le dos alors qu’ils ne sont pas fichus de lire leur courrier et de remplir les papiers correctement. Comment voulez-vous que le dossier soit traité convenablement ! C’était pas pour faire joli, les petites étiquettes ! Il faut les découper et les coller sur la feuille de soin !

[Il faut noter que le ton de mon interlocuteur est celui d'une personne passablement énervée, limite hystérique et qui semble avoir eu une journée pourrie... il n'est que 10h du matin, tout va bien...]

- Ah oui, les petites étiquettes ! Celles que vous m’avez envoyées il y’a 15 jours ?

- Ben oui ! C’était pas pour faire joli dans votre boite aux lettres, Madame !

- Je n’en doute pas, mais les remboursements dont nous parlons datent d’il y’a 3 à 1 mois, et les petites étiquettes, comme vous l’avez très justement souligné, m’ont été envoyées il y’a 15 jours…

- … silence de mon interlocuteur…

- Donc, forcément, je n’ai pas collé les petites étiquettes sur les feuilles de soin en question… Accessoirement, je n’ai pas, non plus, envoyé de feuilles de soin puisque la carte vitale s’est chargée de vous envoyer tout ça direct de chez le médecin…
Le problème de collage d’étiquettes étant résolu, pourrait-on se concentrer sur mon petit problème de remboursement ?

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la pudeur

Intime.

Quand, dévoilée, elle se cache sous sa pudeur, c’est ardente, qu’elle reparait au coucher du soleil.
Quand, voilée, elle se découvre, ses courbes sensuelles implosent en elle et, nue, elle s’épanouit.

En silence, elle se laisse porter par l’obscurité, en des gestes alanguis presque trop lents.
Loin des lumières, de faibles lueurs découvrent une peau trop parfaite pour être regarder de jour.
Hors du temps, une goutte d’eau éternelle entre les seins, pour la parer de pureté.

Quand, lancée, elle se bride sous le vent, et triomphe de ses chaînes pour se déchainer.
Quand, essoufflée, elle se cambre sous la pluie, et danse de plaisirs.

En silence, elle pleure son désarroi pour mieux rire une fois seule.
Loin des lumières, elle revit dans son corps engourdi, d’intenses instants passés.
Hors du temps, elle déploie ses voiles jalousement et préserve ses secrets.

Quels secrets ?

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La pudicizia (détail)
, Antonio Corradini, 1752, Naples, Chapelle Sansevero.

“Les Fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux” – Vikas SWARUP

SWARUP

“Quand le jeune Ram Mohammad Thomas devient le grand vainqueur de « Qui veut gagner un milliard de roupies ? », la production soupçonne immédiatement une tricherie. Comment un serveur de dix-huit ans, pauvre et inculte, serait-il assez malin pour répondre à treize questions pernicieuses ? Accusé d’escroquerie, sommé de s’expliquer, Thomas replonge alors dans l’histoire de sa vie… Car ces réponses, il ne les a pas apprises dans les livres, mais au hasard de ses aventures mouvementées ! Du prêtre louche qui laisse trop volontiers venir à lui les petits enfants à la capricieuse diva de Bollywood, des jeunes mendiants des bidonvilles de Bombay aux touristes fortunés du Taj Mahal, au fil de ses rencontres, le jeune homme va apprendre que la fortune sourit aux audacieux…”

Ce livre est à l’origine de Slumdog Millionaire, le film sensation de Danny Boyle sorti cet hiver (2008) et qui a raflé presque tous les oscars.

Il s’agit du premier roman de Vikas Swarup. Le début, le prologue, est mouvementé et le style est fluide mais le lexique et les thèmes abordés sont très durs : violence, corruption, torture, pauvreté, injustice… Un premier abord très amer qui force un peu à s’accrocher pour continuer. La  construction est régulière et forme un fil conducteur pour le lecteur : chaque chapitre raconte l’histoire qui a permis au héros de répondre à la question du jeu télévisé et un épilogue en guise de fin.

Le vocabulaire indien rend la lecture un peu difficile à suivre. Il est fastidieux de devoir se référer trop fréquemment au lexique et les allusions au acteurs et personnages célèbres de l’Inde nous échappent un peu. Mais les histoires nous tiennent en haleine. Elles sont intrigantes et bien écrites. Les enchainements de chance et de coups du sort sont complètement rocambolesques et parviennent à nous faire sourire au milieu d’un univers bien pauvre.

Le quotidien de l’Inde est bouleversant et les thèmes du livre percutants. Malheureusement l’ensemble est abordé avec trop de timidité : l’auteur ne va pas assez loin : trop descriptif, il raconte les faits avec force de détails sur le décor et l’action mais le thème en soit est trop souvent survolé. Certains personnages, certaines administrations mériteraient un peu plus d’attention, justement pour nous aider à entrer dans ce monde si difficile et si violent qu’est le quotidien du jeune héros indien.

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Cette lecture (lien) s’est faite dans le cadre du “Prix littéraire des Blogueurs“.

Du temps…

du_temps

Il faut donner du temps au temps.
Miguel de Cervantès, Don Quichotte (1605-1615).

Et mon temps qui ne veut plus de temps en plus et en demande, pourtant, toujours plus.

Paradoxe. Un trop-plein de temps, à recycler.

Dans l’attente…

Une longue attente, où patience et excitation s’entrechoquent.
Une attente électrique, fière mais un peu craintive aussi.
Parce que la fin de cette attente, si désirée, est inquiétante mais inéluctable.

Le corps, dans ses contradictions et sa complexité, rythme le temps de ses bouleversements.

Les secondes qui s’envolent, la serennité avec.
Les minutes qui flambent, l’émotion aussi.
Les heures qui s’endorment, la volonté qui s’enflamme.

Et le corps qui compte les mois, les jours puis les secondes…

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