frisson…

 

Il y’a quatre ans, j’ai perdu un être cher.

C’était un personnage excentrique et surdoué doublé d’un inconscient à l’égo surdimensionné.
Il avait du talent, il savait tout faire, pouvait tout faire et avait une confiance en lui à la fois déconcertante et réconfortante.
Ce talent, ces talents multiples lui auraient apporté le monde à portée de main.
Son seul point faible a été de n’avoir pas su vivre un peu plus longtemps.

Il a été désiré, aimé, adoré et détesté.
Sa mort a causé beaucoup de peine.
Et, je crois qu’il manque même à ceux qui l’ont un jour détesté.

Il m’a beaucoup appris, de bonnes choses et … des moins bonnes. Il a joué un rôle important pour moi, même si je m’en suis surtout rendue compte par son absence. C’est souvent comme ça, non ?
On perd quelqu’un et son absence nous fait comprendre combien sa présence était importante.
Mais il faut faire son deuil et aller de l’avant. Le passé appartient au passé, lui aussi.

Pourtant aujourd’hui, quatre plus tard, pour la première fois depuis longtemps, j’y repense avec un certain frisson, un mélange de tristesse et, surtout, de peur.
Parce que, quand il est parti, il avait mon âge.
Et là, comme ça, au milieu du chaos qui ravage le monde aujourd’hui, c’est cette toute petite pensée, ce bête frisson qui me fait peur et me fait monter les larmes aux yeux…

 

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La première dent

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Elle avait 7 ans et elle était toute fière sur sa trottinette.
Elle portait une jolie robe blanche à grosses fleurs vertes et deux couettes rousses encadraient son visage.
Elle filait à toute allure, en riant.
Mais quand, en plein virage, elle a voulu faire coucou à son papa de l’autre côte de l’étang, elle est tombée, la tête la première.

Mon sourire s’est effacé, je me suis précipitée vers elle et je l’ai aidée à se relever.
– Ça va aller ma grande ?
Elle avait le coude égratigné, la joue griffée par le gravier et la bouche en sang.
Et le sourire aux lèvres, elle me répond:
– Oui oui mais c’est mon papa qui va être content !
– ?!! Ah bon ??!
– Ben oui ! J’ai perdu ma dent !

Triomphante, elle tenait dans sa main, une petite dent de lait pleine de sang et de poussière.
– Quand même, ça pique un peu, mon coude…

Son père m’a assuré, plus tard, qu’elle aurait pleuré sans cette petite dent, sa première dent de lait.

hier

hier

Hier, sur ma tasse de chocolat, j’ai lu « make love not war ».

Hier, dans ma bibliothèque, j’ai ouvert un livre qui raconte l’histoire d’une enfant qui vit dans son propre monde.

Hier, à la radio, j’ai entendu une chanson qui veut m’emmener vers les étoiles.

Hier, dans mon lit, mon oreiller m’a accompagné dans une autre dimension.

Et aujourd’hui, à la télévision et dans les journaux, tout semble s’effondrer.

Demain, avec cette enfant et ma tasse de chocolat, j’irai bien là-bas, dans cet autre monde, cette autre dimension, tout près des étoiles… là où les choses ne s’effondrent pas, là où on peut construire et reconstruire.

Aujourd’hui est un peu dur, hier est déjà parti. Et demain ?

pour une vie

Les hommes ont-ils créé Dieu parce qu’ils ne pouvaient affronter leur propre peur de mourir?
Lui ne ressentait pas cette peur. Ou peut-être justement plus que les autres. Il fallait aller vite et tout accomplir vite pour être sûr de ne pas avoir été, pour rien.

Peur du vide, de l’inaccompli, de l’inachevé ou de l’inutile. Une idée qui lui était insupportable….
[…] Il parlait pourtant de destin, de fatalité et de chemin tout tracé, sans pour autant s’en soucier… Il ne partageait pas ce concept sans se placer bien au-delà….

C’était en quelque sorte une revanche…

Une revanche sur cet homme qui a lui-même creusé sa tombe comme pour lui indiquer les dangers d’une fierté et d’une ambition trop grandes.
Mais c’est bien plus que ça…. C’est aussi une revanche sur la vie. […] A trop la défier, elle a repris ses droits.

Des droits qu’elle t’a si peu de temps accordés.

Sa façon de braver l’interdit, de trouver les mots pour dire les choses les plus profondes, de cerner ses proches, de les faire plonger ou les délaisser, cette façon plaisait.
Contrôler pour mieux régner et selon ses sentiments, souvent à fleur de peau.
Offenser à perte pour reconstruire en plus beau. S’assurer une gloire intemporelle et précipiter sa propre perte !

Mais au moins, partir avec dignité.

Un être d’exception peut-être trop orgueilleux pour se retourner, mais pourtant estimé.
Une âme sans doute trop fière pour regretter, mais une âme aujourd’hui libre.

Pour une vie de luxe et de débauche, de tristes soupirs et de rires francs, de tendres amitiés…

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L’Homme aux gants, Titien, vers 1523 ; Musée du Louvre

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Le jour où j’ai écrit ce texte, il était déjà parti depuis un certain temps.

3 ans déjà…

Et puis je me suis retrouvée en face de ses yeux… cette lueur retrouvée… les yeux de son fils.

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N’oublies pas, une âme aujourd’hui libre. Garde le cap, je te soutiens.

folies

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En temps de guerre, la meilleure défense est l’attaque…

Et ça recommence, les mêmes folies, les mêmes doutes, les mêmes blessures.

Arrêter d’y croire c’est perdre tout espoir. Y croire encore, c’est s’accrocher à de faux espoirs.

Soit.

Mais ça fait mal.

brève de cours (2)

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A quoi tu t’accroches au juste ?

Ton mec t’a larguée, ton meilleur ami est à l’autre bout du monde et tes copines te comprennent pas bien. T’as l’impression que tout le monde te regarde bizarrement à la fac. Pour certains, ce n’est pas qu’une impression. Certains profs t’ont fait des commentaires clairement orientés, parfois désagréables.

Mais tu t’en fous, t’es juste complètement heureuse et trop souvent ailleurs pour tout réaliser, tout comprendre.

Ou vas-tu ?

Ton année s’est bien passée, tu poursuis tes études, confiante. Et tu suis toujours son cours. T’as pas vraiment brillé à son partiel, t’as plutôt limité la casse qu’autre chose. Mais vous vous êtes beaucoup vus. Deux fois par semaine, vers 19h.

Au début, tu partais assez tôt, enfin… pas tard. Et puis il t’a ramenée quelques fois. De plus en plus tard, de plus en plus souvent.

Oublie-le !

T’as du mal à rester concentrée en cours, tu dors pas assez. Les cours t’intéressent, mais tu sais pas bien où tu vas. Tu sais ce que tu ne veux pas faire. Va falloir se décider. Tu sens bien que cette prof te méprise. Elle te regarde de travers et a toujours une allusion bien placée quand t’as une question. Alors tu poses plus de question. Tu les gardes pour toi, comme beaucoup de choses.

Un jour il est resté chez toi. Une nuit, pour repartir très vite le matin. Et d’autres nuits.

Tu regretteras.

Le semestre est passé à toute vitesse ; le deuxième avance à grande vitesse, t’as beaucoup de boulot mais ça va assez vite. La plupart de ton entourage cherche à te faire la morale, du coup, t’es souvent toute seule, t’as toujours pas mis les pieds à la BU et tu passes l’essentiel de ton temps libre à l’attendre.

Un jour, il est reparti moins vite. Puis, il est resté le matin. Puis jusqu’à midi. Et puis vous avez passé une journée ensembles, une autre. Un week-end de temps en temps. De plus en plus.

Réfléchis.

T’as arrêté de l’attendre. T’as eu ton année sans trop de problèmes malgré quelques bêtes inattentions, t’as déménagé et tu changes de fac. Trop de « on dit », de préjugés, de sous-entendus. Et t’en as assez entendu. T’es pas idiote, ni prétentieuse, ni vicieuse. Juste heureuse.

Tu l’aurais rencontré en boîte ou dans un bar, personne n’aurait rien dit. Mais là, c’était ton prof. Alors tu poursuis tes études ailleurs, et vous vous installez ensembles.

Regrets ou remords ?

10 ans plus tard, tu t’en souviens comme si c’était hier.
T’y repenses avec le sourire chaque fois que tu fais cours, c’était sa fac. Chaque fois que t’entres dans ton bureau, c’était le sien. Chaque fois que tu vois ton fils

 

brève de cours (1)

C’est bizarre comme situation hein? Un peu gênant… Ça t’apprendras. Des images te viennent à l’esprit. Des souvenirs un peu flous. Bon, non pas flous, d’accord, mais complètement grisants. Ça sert à rien de te mentir ! Ces salles sont mal aérées, ça sert à rien de mettre le chauffage à 25 en plein hiver, quand on est 30 entassés dans des petites salles. La fenêtre est déjà ouverte.

Concentre-toi !

T’as l’impression qu’il t’as pas vue, qu’il t’ignore. C’est frustrant… Mais tu bois ses paroles, quand même, parce que son cours est génial. Bon, tu sais qu’à l’exam tu frôleras laborieusement la note minimale requise mais tu prends ton pied dans son cours.

Pas seulement.

Mais son cours, il est particulier. Tu te sens pas du tout à la hauteur, t’as l’impression d’être très moyenne, et ton côté perfectionniste est piqué au vif à chaque fois que tu te rends compte que t’es larguée… tous les quarts d’heure environ. A chaque fois qu’il aborde un nouveau point qui remet en cause, en partie, les points précédents que t’avais pas encore assimilés. T’es vexée de pas y arriver, mais tu vas t’accrocher.

C’est la fin du cours.

T’as ramassé tes affaires, les tiens en vrac dans tes bras, et, dans ta bulle, tu prends la porte dans la figure – une invention de génie ces portes coupe-feu qui se referment toutes seules et qui pèsent trois tonnes – et reviens à toi, les joues en feu alors que le prof t’appelle. Tu l’avais oublié.

Pas vraiment, au fond.

Il te demande si ça allait, si t’as tout assimilé. Non, bien sûr que non, t’as pas compris, il s’en doute, il est allé un peu vite sur des notions que les autres ont déjà vues, approfondies les années précédentes. Alors il te propose de revoir ça en fin de journée, en salle X.

C’est son bureau.

C’est-à-dire que t’as une grosse journée. Pas mal d’heure de cours d’affilée, une toute petite pause pour avaler un sandwich, et tu finis qu’à 19h. Ça va faire tard après non ? Ah, déjà ? Ben oui, c’est dans deux heures ! Tu vois pas le temps passer, t’es débordée. C’est pas grave vous prendrez votre temps.

T’auras pas de meilleure note cette année, tu t’en doutes, parce que cette matière, c’est ton point faible. Mais tu t’accroches quand même.

A quoi tu t’accroches au juste ?