la pudeur

Intime.

Quand, dévoilée, elle se cache sous sa pudeur, c’est ardente, qu’elle reparait au coucher du soleil.
Quand, voilée, elle se découvre, ses courbes sensuelles implosent en elle et, nue, elle s’épanouit.

En silence, elle se laisse porter par l’obscurité, en des gestes alanguis presque trop lents.
Loin des lumières, de faibles lueurs découvrent une peau trop parfaite pour être regarder de jour.
Hors du temps, une goutte d’eau éternelle entre les seins, pour la parer de pureté.

Quand, lancée, elle se bride sous le vent, et triomphe de ses chaînes pour se déchainer.
Quand, essoufflée, elle se cambre sous la pluie, et danse de plaisirs.

En silence, elle pleure son désarroi pour mieux rire une fois seule.
Loin des lumières, elle revit dans son corps engourdi, d’intenses instants passés.
Hors du temps, elle déploie ses voiles jalousement et préserve ses secrets.

Quels secrets ?

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La pudicizia (détail)
, Antonio Corradini, 1752, Naples, Chapelle Sansevero.

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femme de passion

 

Alanguie, inlassablement allongée.

Digne. Presque hautaine.

Son corps frémit au contact de la soie, sa chair pâle se teinte des reflets plus blancs encore des draps.

Elle attend, sans vraiment attendre. Ce n’est pas l’attente pénible, celle que l’on subi, ni celle qui nous impatiente, qui nous gêne un peu. Ce n’est pas celle dont on se passerait, celle qui nous agace, nous hante parfois, jusqu’à nous empêcher de dormir.

Non. C’est une attente sereine, une attente préparatrice. Nécessaire. Cette attente fait parti de l’univers sensuel dont elle se pare. Son corps de prépare, son âme s’emplit d’une légère odeur de fleur fraîches, témoins d’une douce attention. Un geste teinté de pudeur quand tout réclame le plaisir. Son esprit se vide, une langueur presque sexuelle s’installe et régit l’ambiance de la chambre. Le lit en devient le symbole. Symbole de pensées mystérieuses et combien choquantes à l’époque. Et maintenant ? Impossible de nier l’évidence : combien de mœurs légères choquent les plus sérieuses ?

Elle patiente. Belle et droite. Son monde lui va si bien. Son désir rime si bien avec son envie… de plaisirs contournés si vicieux aux yeux de tous. Pourquoi se priver de ces mystérieuses palpitations sexuelles quand à portée de soi, la chose est courante… mais secrète.

Femme de passion, pourtant si discrète.

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L’Olympia, Manet, 1863 ; Musée d’Orsay.

comme ça

Une envie comme ça, étrange.

Ou toujours un peu plus. Une haute estime comme un désir latent.

Et ranger ses armes comme s’il était temps. Temps d’avouer ?

Ou peut-être juste faire la paix. Alors trouver ce guerrier, mais où ?

Parce que, pour faire la paix, il faut une guerre, … non ?

Comme quand une réponse s’impose, il y’a des questions comme ça, juste comme ça… passagères ou parasites ? étranges …

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Anthropométrie, Klein, 1961

« Le bleu n’a pas de dimension […] Toutes les couleurs amènent des associations d’idées concrètes, matérielles ou tangibles,

tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu’il y a de plus abstrait dans la nature tangible et visible. »

Yves Klein

Envole-la

Enlève-la, pour ne plus jamais t’en séparer.
Quelque soit son caprice.
Garde-la, pour ne plus jamais la perdre.
Quelques soient ses exigences.
Prends-la, pour ne plus jamais la délaisser.
Quelques soient ses colères.
Aime-là, pour ne plus jamais l’oublier.
Quelques soient ses armes.
Elle ne te blessera qu’avec ses larmes.
Et tu auras tout pour la faire s’envoler.
Envole-la éternellement.
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Mercure enlevant Psyché (bronze), Adrian de Vries, 1593 ; Musée du Louvre

tout en haut

Imaginez, quelque chose très haut.
Plus haut, tout en haut, vous voyez ?
Et bien, encore plus haut, c’est là. Là, au bout du monde et au bout du ciel, qu’il rêve, chaque jour et chaque nuit, d’aller.
Un sommet, plus haut qu’une montagne, bien au-delà des cieux. Après les nuages.
Mais pas n’importe comment.
Avec allure et prestige. Et par-dessus tout, avec gloire.
Une gloire éternelle ? … non, celle-ci est trop commune. Mieux. Encore mieux. Mais comment définir, ce mieux. Un mélange à la fois beau, somptueux même et presque idéal. Non. pas presque. Complètement Idéal. Une harmonie parfaite, en spirale… En spirale parce que toujours plus haut.
Parfait. Tout doit être parfait là haut. Il y parviendra.
Alors il travaille son corps. De subtiles rondeurs. Pas de grosseurs, de légères et sensuelles formes arrondies. Pas d’angles cassants, c’est agressif. Et avec grâce. Beaucoup de grâce, de légèreté et de sensualité. Parce qu’il s’agit aussi de séduire, en finesse, subtilement, discrètement mais toujours séduire.
Puis s’envoler. S’emporter dans le vent, se laisser glisser sur le souffle doux. Suivre la direction pointée d’un doigt fin et déterminé. Et réussir.
Simplement réussir à vous faire lever la tête dans sa direction, lorsque vous l’admirez. Parce qu’on ne peut que l’admirer et avoir envie d’y aller aussi, plus haut. Tout là haut. Non ?

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Mercure (bronze), Jean de Bologne, entre 1564 et 1580 ; Musée du Louvre